Chapitre XVII

Lady Angelia Killinton donnait sans conteste les fêtes les plus courues de la capitale. Toute la bonne société londonienne se pressait à ses soirées. La séduisante Angelia était d’ailleurs un sujet de fascination pour elle : ses allées et venues, ses aventures amoureuses, suscitaient un intérêt passionné. Son existence même s’y prêtait. Douze années plus tôt, âgée de seize ans à peine, elle avait épousé un vieillard, Lord Robert Killinton, lequel était mort quelques mois plus tard en lui laissant une fortune colossale qu’elle gérait avec une grande habileté.

Malgré une foule de prétendants avides, Angelia ne s’était pas encore remariée, l’explication communément admise étant que son union avait été un épisode si pénible qu’elle n’avait nulle envie de renouveler l’expérience.

La réalité était bien différente.

Pour l’heure, Angelia s’apprêtait pour le bal fastueux qu’elle donnait le soir même. Dans la vaste rotonde éclairée par une verrière, le soleil d’automne coulait à flots, nappant d’une auréole dorée sa silhouette irréprochable. Elle avait longuement hésité sur la couleur de la robe qu’elle allait porter. Elle avait tout d’abord jeté son dévolu sur un joli mauve qui lui allait particulièrement bien. Cette couleur flattait son teint de lis et s’accordait avec ses yeux aux reflets améthyste. Mais après réflexion, elle avait choisi une robe à la dernière mode parisienne d’un bordeaux profond et lumineux qui rehaussait l’éclat de sa peau d’albâtre et mettait merveilleusement en valeur ses cheveux d’un noir de jais presque bleuté, qui, relevés, retombaient en une cascade de boucles soyeuses. Ce rouge lie-de-vin, agrémenté d’ornements argentés, la rendait éblouissante, et soulignait la finesse de sa taille (que d’efforts pour atteindre les vingt et un pouces fatidiques !). Un collier constitué de rubis enchâssés dans des marguerites de perles et des bracelets émaillés d’or et de turquoises complétaient sa tenue. Elle tourna lentement devant le miroir, admirant la splendide image qu’elle renvoyait au monde. Angelia avait la réputation d’être la plus belle femme de Londres, et certes, tandis qu’elle se contemplait dans le miroir à pied, elle songeait avec délectation que ce titre était loin d’être usurpé. La beauté constituait une intense satisfaction en soi, et seuls les gens ayant reçu la laideur en cadeau à leur naissance prétendaient le contraire.

Naturellement, il lui faudrait penser à des choses plus sérieuses dès que le bal serait terminé.

À la trahison de Charles Wemer par exemple.

Mais pour le moment, seule la réception comptait.

Un frisson d’excitation la parcourut. Ce soir, elle devait être parfaite. Elle n’avait pas droit à l’erreur.

Elle serait là.

Angelia cessa soudain de sourire à son reflet. Son visage devint grave. Enfin, elle allait savoir… Ses espoirs seraient-ils comblés ? Une nouvelle déception serait par trop cruelle.

Après un dernier coup d’œil satisfait au miroir, Angelia fit volte-face et sortit de sa chambre. Riches de promesses, les réjouissances n’allaient pas tarder à commencer.

 

*

 

Lorsque Cassandra et Julian arrivèrent à la résidence que possédait Lady Killinton à Grosvenor Square, au cœur du quartier huppé de Mayfair et non loin du prestigieux hôtel Claridge’s, le bal avait déjà débuté. Du fait de son appartenance à la noblesse titrée, Lord Ashcroft avait ses entrées partout à Londres. Il ne lui avait donc guère été difficile de se faire inviter avec Cassandra à la fête mentionnée par Werner. Même s’il ne connaissait pas les détails de l’affaire, il avait accepté de bonne grâce de rendre ce service à son amie. Gabriel n’avait paru que moyennement apprécier l’idée, mais c’était la solution la plus simple et le temps manquait pour ménager sa susceptibilité.

Entourée de grilles protectrices et d’élégants jardins, la somptueuse résidence de Lady Angelia Killinton se caractérisait par son style néogothique ostentatoire, conforme au goût d’une époque en révolte contre le classicisme de l’architecture géorgienne. La façade était abondamment égayée de stucs, les baies ornées de colonnades de fer, les portes surmontées de moulages, les pierres sculptées au fronton des fenêtres, les embrasures travaillées. La maison était en outre d’une taille imposante, puisqu’elle comprenait dix fenêtres dans sa largeur et cinq étages de haut, sans compter le sous-sol. Tout comme Cassandra, cette femme n’aimait pas les petits espaces.

En gravissant l’escalier qui menait aux portes de l’entrée, Cassandra se remémora son incrédulité lorsque Werner lui avait révélé l’identité du chef du Cercle du Phénix. Une jeune aristocrate, Lady Angelia Killinton. L’idée paraissait tellement aberrante qu’elle s’était demandé s’il ne se moquait pas d’elle. Mais la peur qui déformait son visage et, sa voix chaque fois qu’il évoquait cette femme était bien réelle. La terreur que Lady Killinton lui inspirait n’était pas feinte, Cassandra en aurait mis sa main à couper. Elle n’avait donc d’autre choix que de le croire sur parole.

Par acquit de conscience, elle avait néanmoins interrogé Gabriel au sujet du fameux carnet. À l’issue de son entretien avec Charles Werner, elle l’avait retrouvé dehors, près de la grille. Le jeune homme avait préféré attendre dans le froid plutôt qu’à l’intérieur de la maison, comme si celle-ci lui brûlait les pieds. Lorsque Cassandra avait évoqué le carnet, il s’était littéralement décomposé sous ses yeux. Comprenant aussitôt qu’elle n’obtiendrait rien de lui et de nouveau submergée par une absurde pitié, elle n’avait pas insisté davantage, mais la curiosité l’avait tenaillée de plus belle.

En revanche, Julian s’était montré plus disert. Ayant eu l’occasion de rencontrer Lady Killinton deux ans auparavant au cours de l’un des rares dîners mondains auxquels il assistait encore, il l’avait décrite comme une femme d’une grande beauté, tout à fait consciente de son pouvoir de séduction, et qui faisait beaucoup d’efforts pour paraître plus sotte qu’elle ne l’était en réalité.

Parvenus en haut de l’escalier de la résidence Killinton, un spectacle coloré et joyeux s’offrit aux yeux de Julian et Cassandra. Au plafond, les lustres sertis d’innombrables bougies étincelaient de mille feux, et la pièce resplendissait de lumière. Tourbillon de velours, de soieries et de dentelles, rivières étincelantes de joyaux et de diamants, feu d’artifice de grâce, d’élégance et de beauté : plus de trois cents personnes étaient présentes dans la salle, tournoyant au son des violons, buvant les rafraîchissements que leur proposaient les serveurs ou discutant en petits groupes animés. Les crinolines, d’une couleur riche et soutenue, semblaient se fondre les unes dans les autres, ponctuées par les silhouettes plus sombres et rigides des hommes. La musique et les rires emplissaient les oreilles.

Remontant délicatement sa robe de mousseline blanche, Cassandra, plus à l’aise en bottes qu’en talons, entreprit la descente du grand escalier en priant le ciel de ne pas trébucher. Près d’elle, Julian arborait une expression impassible, mais elle le devinait rongé par le trac.

— Je vous remercie d’être venu, chuchota-t-elle. Je sais que ce n’est pas facile pour vous…

Il se tourna vers elle en souriant.

— Il est vrai que j’ai perdu l’habitude de ces manifestations mondaines, mais ne vous inquiétez pas pour moi, je m’en sortirai très bien. J’espère simplement ne pas rencontrer d’anciennes connaissances.

— Je ne suis pas non plus dans mon élément, avoua Cassandra. Je commence à me demander si nous avons eu raison de venir ici. Sans compter que Gabriel m’en veut à mort maintenant !

Julian se mit à rire franchement.

— Il semble être d’un naturel jaloux, en effet.

Cassandra sourit à son tour tandis qu’ils continuaient à progresser dans la foule somptueuse des invités. La jeune femme fouillait la salle de bal des yeux, guettant l’apparition de Lady Killinton tout en repérant les lieux en prévision du vol du carnet de Werner.

L’ambiance n’était que rire et allégresse. Cependant, à mesure que les minutes s’écoulaient, la légère appréhension éprouvée par Cassandra à son arrivée se muait en une véritable angoisse qui l’empêchait de respirer normalement. Une peur absurde enflait dans sa poitrine et se propageait dans tous ses membres en les paralysant. Elle avait pourtant vécu des situations bien plus dangereuses que celle-ci. Pourquoi avait-elle aujourd’hui le sentiment que sa vie pouvait basculer d’un coup ?

— Cassandra ? Vous allez bien ?

Elle s’était immobilisée, l’esprit dans le brouillard.

— Oui, mentit-elle en hochant faiblement la tête.

— Regardez, Lady Killinton se trouve là-bas, près de l’orchestre.

Cassandra tressaillit, et son cœur se mit à battre avec violence. Elle sentait confusément qu’une porte allait s’ouvrir… une porte qu’elle cherchait à franchir depuis une éternité sans jamais y parvenir… Lentement, elle se tourna dans la direction indiquée par Julian et son regard tomba sur une jeune femme brune vêtue de rouge, un éventail en plumes d’aigles à la main, qui la fixait également…

Tout disparut alors autour de Cassandra, les gens comme les choses, et la musique se tut. Seules elle-même et cette femme demeuraient dans la salle à présent étrangement silencieuse. Fascinée, elle ne pouvait la quitter des yeux. Puis elle eut l’impression de tomber au ralenti dans un gouffre sans fond. Des milliers de points lumineux dansaient sous ses paupières, et elle mobilisa toutes ses forces pour endiguer la vague de panique qui menaçait de l’engloutir. La pièce tanguait autour d’elle et elle dut s’accrocher au bras de Julian pour ne pas tomber.

Cette femme… Lady Angelia Killinton… Elle était certaine de ne l’avoir jamais rencontrée auparavant. Et pourtant… elle éprouvait une sensation troublante, la sensation de la connaître depuis toujours… Cela n’avait aucun sens, strictement aucun sens… Elle perdait la tête, il n’y avait pas d’autre explication… Mais alors, d’où venait cette frayeur sauvage qui lui tordait les entrailles ?

Etourdie et un peu vacillante, Cassandra tourna brusquement les talons. Elle devait quitter cet endroit le plus vite possible, et tant pis si cela ressemblait fort à une fuite.

— Je m’en vais, dit-elle d’une voix blanche à Julian en pressant son bras.

— Vous voulez déjà partir ? Nous venons à peine d’arriver.

Il dévisagea son amie et fut frappé par sa pâleur mortelle.

— Seriez-vous souffrante ? s’enquit-il avec inquiétude. Vous êtes livide…

D’un pas chancelant, Cassandra se dirigeait déjà vers la sortie.

— Non, je ne suis pas malade, répondit-elle d’un ton incertain. Je… Je ne puis vous expliquer… Je ne comprends pas moi-même… Je sais juste que je dois m’en aller…

Elle courait presque à présent, cherchant à fuir cette salle aussi étouffante que l’enfer. Julian ne put la retenir.

 

*

 

Rayonnante de beauté et de charme, Lady Angelia Killinton présidait les festivités d’une main de maître. Depuis le début de la soirée, elle évoluait gracieusement parmi ses invités, distribuant avec largesse sourires enjôleurs et paroles amicales. Ce masque d’hôtesse courtoise était toutefois trompeur. Sous la sérénité apparente de la jeune femme se dissimulait en effet un tourbillon d’émotions que seule une volonté inflexible permettait de contenir. Les pensées d’Angelia étaient tout entières tournées vers Cassandra Jamiston, qu’elle ne cessait de chercher du regard dans la foule.

Angelia se figea soudain, et une immense vague de bonheur l’envahit, tellement intense qu’elle en était presque douloureuse.

C’était bien elle.

Quinze ans s’étaient écoulés depuis la dernière fois, mais Angelia savait qu’elle ne se trompait pas. Cette femme et la Cassandra de ses souvenirs ne faisaient qu’une seule et même personne.

Folle de joie, le cœur battant à tout rompre, elle voulut s’avancer vers elle, lui parler, la serrer dans ses bras, mais ce vieil imbécile prétentieux de général Bertram lui bloqua le passage.

— Lady Killinton, quelle charmante soirée vous nous offrez encore…

Bouillant intérieurement, Angelia se força à sourire. Quand elle réussit enfin à se débarrasser de l’importun ,

Cassandra franchissait les portes d’entrée et disparaissait dans la nuit.

 

*

 

Durant tout le trajet du retour, Cassandra se mura dans un silence morne que Julian, effaré, n’osa pas troubler. L’attitude de son amie le plongeait dans des abîmes de perplexité. Le trouble, la crainte, la panique… voilà des sentiments qui ressemblaient fort peu à la jeune femme, et c’était bien là le plus inquiétant.

Leur retour hâtif au manoir ne manqua pas de provoquer l’étonnement de Nicholas. En deux phrases lapidaires, Cassandra expliqua qu’ils avaient vu tout ce dont ils avaient besoin, puis, arguant la fatigue, fila à l’étage en laissant Julian se dépêtrer seul de la situation. Elle gagna sa chambre en courant, ferma sa porte à clé pour ne pas être dérangée et se jeta sur son lit, le cœur au bord des lèvres et le corps secoué de tremblements.

Elle passa une nuit épouvantable faite de cris, de sang, de peur, de violence et de désespoir. Ses cauchemars paraissaient si réels que des images sanglantes dansaient encore dans son champ de vision lorsqu’elle descendit dans la salle à manger prendre son petit déjeuner. Elle avait l’estomac trop noué pour pouvoir avaler quoi que ce soit, mais l’envie d’un café serré la démangeait depuis son réveil. Andrew, qui passait la voir avant de débuter ses consultations de la journée, poussa une exclamation horrifiée en l’apercevant.

— Bonté gracieuse, Cassandra, que t’est-il arrivé ? Tu as une mine effroyable ! Serais-tu malade ?

La jeune femme, pâle et les traits tirés, s’assit en silence et se servit une tasse de café noir.

— Es-tu malade ? répéta Andrew avec obstination.

— Non, j’ai mal dormi, voilà tout, répondit-elle péniblement, comme si cela lui demandait un effort démesuré.

Et de fait, elle avait la désagréable impression que son cerveau avait fondu et qu’un trou béant occupait sa place.

Andrew la scrutait avec acuité.

— Encore un de tes cauchemars ? demanda-t-il, hésitant.

Cassandra n’était pas femme à dévoiler ses blessures et ses faiblesses aux yeux d’autrui, même s’il s’agissait en l’occurrence de son plus fidèle ami. Aussi se cabra-t-elle aussitôt.

— Cela ne te regarde pas ! repartit-elle sèchement.

Puis, après un silence contrit :

— Pardonne-moi, dit-elle d’une voix plus douce. Oui, c’était mes cauchemars, mais encore plus précis, plus terrifiants que d’habitude.

Cassandra avait un jour décrit ses rêves à Andrew, des rêves obscurs peuplés de cadavres. Il avait alors deviné la crainte secrète de son amie : que ces images ne soient pas simplement des songes inoffensifs, mais bien des souvenirs enfouis dans les ténèbres de sa mémoire. Des souvenirs d’actes qu’elle-même aurait commis…

Pensive, Cassandra tournait lentement une cuillère dans sa tasse. À présent, c’était la vision de Lady Killinton dans sa robe rouge qui la poursuivait. Pourquoi avait-elle l’impression de la connaître ? Si seulement elle pouvait se rappeler…

La voix d’Andrew interrompit le cours de ses réflexions.

— Que se passe-t-il ? questionna le médecin d’un ton pressant en vrillant ses yeux dans les siens. Tu parais troublée, bouleversée même.

Cassandra sursauta, surprise. Elle espérait que personne ne remarquerait son émoi, mais naturellement c’était mal connaître le perspicace Andrew. Quand elle repensait à la réception de la veille, elle se sentait à la fois ridicule et terrifiée. Dire qu’elle avait failli s’évanouir ! Elle n’était pourtant pas d’une nature émotive.

Toujours dardées sur elle, les prunelles vertes d’Andrew reflétaient le soupçon. La jeune femme devait dissiper ses doutes au plus vite ; pour rien au monde elle ne voulait l’inquiéter.

— Il ne se passe rien de spécial, lui assura-t-elle d’un ton léger. Tu te fais des idées.

Andrew ne parut aucunement convaincu, mais il n’insista pas davantage. Cassandra, que son mensonge culpabilisait, et qui savait qu’Andrew lisait en elle comme dans un livre ouvert, se hâta de changer de sujet.

— Quand Jeremy doit-il repasser ici ? J’ai à lui parler.

Elle avait l’intention de lui demander d’enquêter sur Lady Angelia Killinton. Avec ses relations dans la presse, il ne devrait pas avoir de difficultés à glaner des renseignements sur cette femme : son passé, ses amis, sa famille, ses occupations… Cassandra voulait tout savoir d’elle.

— Je crois qu’il doit venir ce soir pour le dîner, répondit Andrew.

Elle allait donc devoir patienter. Déçue, elle se leva et sourit faiblement à son ami. Celui-ci affichait une expression anxieuse qui la poussa à le rassurer de nouveau :

— Ne t’inquiète pas pour moi, je vais bien.

— J’en doute, murmura Andrew d’un ton désolé après qu’elle eut quitté la pièce. J’en doute fort, Cassandra.

Le Cercle Du Phénix: Les Aventures De Cassandra Jamiston
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